Au bout du mégot

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02/11/2022

Je rêve de forêt noire.
Die Schwarzwald. Das ?
Mon infirmière s’appelle Gretchen.
Elle prend soin de moi, me lave, m’ouvre les yeux pour vérifier l’état de mes pupilles, me palpe le corps à la recherche d’hématome, de prurit, de furoncle, de nécrose.
Dans mon rêve, c’est ce qu’elle ferait. Un jour je la rencontrerai. Mais pas encore.
Au bout du mégot je vois la folie, je vois mon reflet, je vois le tout, je vois la vie, la mort, l’infini. Une étincelle rouge consumant son corps blanc et bien tassé, son feu ravageant son propre corps.
Pas de religion. Pas de superstition. Pas de réincarnation, ni de fantôme.
Le visage renfrogné aux orbites béantes et vertigineuses de la science en guise d’explication, de réconfort.
Pourquoi trouver une quelconque consolation dans l’éternité ? Qu’y-a-t-il de plus terrifiant que la vie éternelle ? Ou la mort éternelle ?
Le vide sans fin, l’absence tourbillonnante de conclusion, ce maelstrom tentaculaire qui me vrille les tripes chaque soir, à en hurler de terreur alors que je tente en vain de trouver le sommeil.
À qui pourrai-je en parler ?
Mise à part Gretchen. Elle comprend tout ce que je lui dis. Elle sait, elle aussi. Elle le saura, quand j’irai la voir, me soumettre et m’abandonner à elle.
Au creux du Danube et du Neckar.
Staufen im Breisgau. Fauststadt, la ville du docteur. Faust y était né, j’y resterai jusqu’à ma mort.
Peut-être qu’une de ses empreintes y traîne encore. Je la lécherai comme un timbre, elle se collera à moi comme la vase des marécages de Hangloch.

Gretchen en porte forcement les traces, les traces des autres qui se sont accrochées à elle, comme Ils se sont accrochés à moi…

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