Chair vide

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“Kolash’em, koosh ! Klea’th at tenah’kl veesh ?”

“Le moment…je le sens. Il arrive. Je vois à travers son Kel’nesh. Lien établi vers la résonnance optique résiduelle. Guidage du souvenir vers le point d’éclaircissement. Une description est attendue. Projection énergique en cours, maintenez la connexion. Ça vient. »

« On stabilise, tu es toujours en suspension, que veux-tu faire ? Regarder avec nous ou poursuivre le développement ? »

« J’aurais bien plus d’informations si je replonge. Vous verrez ce que je vois. Vous entendrez ma voix par son Kel’nesh. Il se peut que mes mots ne soient plus les miens. Tout se mélange. »

« C’est le risque. Ton intégrité sensorielle n’a pas encore été brouillée. Tâche de te concentrer sur ton Vee’sh, ne cherche pas trop à repêcher le sien. »

L’intérieur du bloc, l’espace vivable dans lequel on s’entassait depuis des siècles, ne cessait de nous rappeler notre échec. Notre incapacité à nous élever au-delà de notre condition, à aller plus haut, à conquérir nos instincts et pourquoi pas, notre univers. Notre espèce et ses dérivés avaient perdus jusqu’à la notion même de l’ambition, de l’optimisme. Nous n’avions même plus la force de nous mettre sur la tronche pour une parcelle de terre, une énergie quelconque, un test technologique grandeur nature…ou simplement parce que la gueule de notre voisin ne nous revenait pas. Las, vains, sans espoir, les yeux tournés vers le sol, vers le mur, vers le Ver’b…

« Klea’th koosh ! Trop profond. Dis-nous ce que tu vois, pas ce que la matrice veut te faire ressentir. N’oublie pas : elle est morte. Ne la laisse pas t’absorber. Reste à la périphérie. »

« Noir en haut, gris en bas. Une lumière douceâtre, pâle, sans volonté. L’horizon se courbe très vite, aucun lien avec l’arrondi du corps planétaire. Difficulté à respirer, gravité élevée. Je me rapproche de mon objectif, la fin de ma ligne de vision, en empruntant quelques chemins moulés dans une sorte de plastique gris-jaune. Lisse, sans marquage, pas d’ornements. Sobre. Vide ? Les habitats m’entourent, plus longs que hauts, uniformes. Des matrices déambulent sans remarquer ma présence. Certains ont l’air d’effectuer des tâches précises. Gommer les aspérités des chaussées, unifier la structure des bâtisses, combler les cavités, camoufler les dégâts engendrés par le temps, l’air âcre, suffoquant. Les cicatrices du passé se ressentent, elles sont trop lourdes pour eux mais ils n’ont pas l’air d’y prêter attention. Un cycle bien établi, une organisation scrupuleuse. Nul besoin de la remettre en question. Nulle envie ?

Certaines matrices ont une fonction indéterminée. Ils regardent vers la coupole obscure suspendue au-dessus de leur tête, dans le prolongement verticale de leur horizon bombée. Ils portent un masque. Une connexion ? Beaucoup sont assis ou allongés. Observation structurelle: les charnières de la coupole sont emboitées sur des culées placées en haut de leur mur massif. Après une étude plus précise, la coupole est un ensemble de très fines arches funiculaires suspendues imitant un lissage parfait, organique. Du génie. Filtre la lumière ? Celle-ci tombe en arcs poussiéreux et égaux sur le sol mat, kaléidoscope bipolaire oscillant entre raies de poussière diaphane et ligne jaune neutre.  Au centre axial de cette structure se distingue une masse pseudo-sphérique, comme une boule écrasée, contorsionnée sur elle-même. L’ensemble a manifestement été conçu pour se replier et se déployer. Plus maintenant. Cette structure constitue leur horizon, leur toit, leur ciel. A perte de vue. Rien ne passe, ou presque.

Qui sont-ils ? Depuis quand existent-ils ? Ont-ils dépassés l’heure de leur mort sans même s’en être rendu compte ? Ils arpentent leur monde sans enthousiasme ni curiosité pour ce qui les rend vivants, vibrants. Leur Veesh ne rebondit plus sous la houle du Kel’nesh, du courant de la vie…celle que je sens en eux ressemble à leur dôme : un horizon sans frontière condamné à ne jamais voir sa propre limite, connaitre sa propre fin. Ils ont raté leur apocalypse. Pourtant quelque chose subsiste. Je peux le voir à travers notre matrice d’étude. Nativement spéciale, délibérément curieuse, généreuse en questions, avides de réponse. Et elle n’était pas la seule. Beaucoup d’autres comme elle. Nombreux à leur propre échelle – toute proportion gardée – essayant de tisser entre eux les liens multidirectionnels et fusionnels qui pourraient enfin leur redonner une raison d’exister. A moins qu’ils ne cherchent qu’à fuir vers un nouveau départ, atteindre le Voy’d et mettre fin à leur quête sans but ?

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