Chair vide

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« Il n’ont pas de blocs la bas ! Il parait qu’ils n’ont même pas de toits et de murs pour filtrer la lumière. J’ai appris tout ce que je pouvais sur la région depuis la Librasphère. Vu que personne la consulte la connexion est ultra rapide, en deux secondes c’est imprimé dans mon ciboulot. T’avais déjà essayé non ? »

« Ouais, j’imprimais des infos sur la coupole et sur l’extérieur des murs. Ça m’a filé une migraine pas possible, a pas en fermé l’œil de la nuit. Mais c’était…intéressant. Instructif. Passablement apeurant »

« Tu sais qu’à une époque les informations étaient filtrés avant d’être donnés au public ? La censure qu’ils appelaient ça. Apparemment les habitants réagissaient de manière extrême dès qu’une nouvelle leur défrisait un poil. Ca posait des questions dans tous les sens et ça se cognait dessus pour des bricoles. Tout le monde voulait quelque chose, et le voisin voulait forcément l’inverse. »

Le péri-bar devenait de plus en plus calme. Il n’était jamais bien bruyant. La respiration des Filtrés s’apaisaient. Merci qui ? Le Ver’b, mélange d’alcool et de calmant, nectar lénifiant, je te regarde mais je ne te vois pas…

« Forcément des abrutis ! Ils ne devaient pas connaitre le Ver’b ! En tout cas le plus important à savoir sur l’Iran, c’est qu’ils n’ont pas abandonné leur programme spatial non ? Ce n’est pas ça qui nous intéresse le plus ? »

« Et ce sont bien les seuls cinglés possédant encore la motivation d’envoyer des trucs dans le ciel ! Même la vieille Chine a lâché tout ça presque en même temps que nous ! Mais tu sais ce qu’ils envoient dans le ciel hein…tu te souviens de ce que j’ai raconté la dernière fois… »

La course aux étoiles avait cessé des siècles auparavant. L’humanité s’était finalement rendu compte que son avenir par-delà les cieux n’existerait jamais. La dernière guerre humaine avait définitivement enfoui cet espoir déjà maigre. Et avec lui, notre avenir scellé, réglé comme du papier à musique, tournait à vide.

« Je me souviens…et toi, tu te souviens de Johalle ? Celui qui t’a réveillé. »

« Ma luciole…j’ai posé ma première question grâce à lui. Il a essayé aussi fort qu’il a pu d’obtenir des réponses ; de faire tourner les écrous, de comprendre ce que nous étions, ce qui nous gouvernait, ce qui nous empêchait d’être autre chose que des coquilles vides acceptant passivement notre existence morne et sans but…et pourquoi hein ? Tu sais bien ce qu’il a trouvé. »

« Rien du tout…le vide »

« L’OS nous gouverne. Unique, globale, méthodique, précis. Et nous l’avons créé, maintenu, aimé. Nous sommes lui autant qu’il est nous. Le détruire ne servirait à rien, il a juste établi les règles de notre vie après la guerre. C’est nous nous qui les maintenons. Sans même le savoir. Des siècles d’habitudes. Et comment changer les choses si personne n’a plus envie de rien? Autant essayer de coller des gnons au vent ».

« Et Johalle est retourné au Ver’b »

« Les bras ballants et le regard au sol. La luciole a perdu sa lumière. »

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