Chair vide

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« Vous me sentez? Vous me voyez? Vous savez qui je suis? Et vous…qui êtes-vous?

« Une autre forme de vie. Ce n’est pas encore le moment de te réactiver. Tu as encore des choses à nous apprendre. Le système n’est pas prêt et ta matrice ne peut pas encore accueillir la vie. Un peu de patience. Ce ne sera plus très long. Je vais tâcher de te montrer ce que nous sommes, de te faire comprendre ce que nous recherchons. Tu dois assimiler ce savoir, car rien de ce que tu as connu et vécu ne subsiste. »

« Compréhension…étude…questions…montre-moi »

Les deux matrices avaient été repêchées dans le secteur Ayadorne’th 6611. Classification HII, nébuleuses en émissions, près d’une étoile de type O au cœur des piliers de la création. Un bel endroit pour accueillir d’anciens veeshs en matrices organiques. Les premiers calculs ont permis d’établir une estimation de leur vecteur de départ et de leur temps de voyage. Arrivée : constellation du Serpent. Origine : constellation des Enfants. 5650 années-lumière. Force de poussée initiale faible, dérive lente. Le simple fait que leur caisson nous soit parvenu tient du miracle ; Au-delà même du miracle. Plus ou moins 648 millions de leurs années passées dans le vide spatiale, préservé à l’intérieur de leur caisson hermétiques des corps célestes à la dérive, des trous-noirs, des quasars, des collisions de planètes et de galaxies ; de la perpétuelle recréation de l’univers devant et derrière eux.

“Klea’th ? To kel’nesh a krean nomi ae’th se veesh ?”

« Je suis connecté ! J’ai réussi. Beaucoup plus d’informations maintenant, la vision s’éclaircit, le Veesh se clarifie. Les voiles de brumes se lèvent les uns après les autres. Et de votre côté ? »

« Décodage du génome à 92%. On reconstitue la matrice lentement, mais sûrement. N’oublie pas que nous ne sommes pas là pour nous y attacher ou pour communiquer. Nous sommes là pour l’étudier. Le reste suivra après la réhabilitation. »

« Mais elle est unique. C’est notre seule matrice viable. La seconde … était bien trop endommagée. Morte bien avant son départ. Des dizaines de veln de plongeon n’auraient pas suffi à en tirer quoi que ce soit. Et ne parlons même pas de reconstitution. Je souhaite ouvrir une portion de mon Veesh pour faciliter la réhabilitation »

« Négatif Klea’th. Je sais que tu te sens obligé de le faire, mais laisses-nous le soin de la réhabilitation finale. Tu risquerais d’endommager son kel’nesh. Le choc pourrait être trop brutal »

« Je sais…l’équilibre demeure fragile »

« Que vois-tu ? J’ai ouvert la communication bilatérale. Imprègne-toi de l’autour, je serai ton guide »

« Eclatant de pureté. La lumière blanche, réconfortante. L’espoir au bout du tunnel, la fin du vide, un guide qui me soutient et me réapprend à vivre ; C’est toi n’est-ce pas ? Ton espèce ; le meilleur de ce que nous avons été et sommes devenus à notre fin. Sans le pire. L’amour de la vie, la passion curieuse sans l’inquisition. Ne jamais connaitre le vide, la mort intérieure. Le bien en vous. Comment en êtes-vous arrivé là ? Que cherchez-vous ? Pourquoi suis-je ici ? Le pèlerinage s’est-il donc achevé ?

« Je n’ai pas encore tous les détails. J’ai besoin d’un dernier plongeon dans ton Veesh pour reconstituer ta propre fin et le début de ton voyage vers nous. Ce ne sera pas facile pour toi. Tu dois le sentir aussi. Tes perceptions commencent à bourdonner à nouveau, à ressentir. »

« Je l’ai emmené avec moi. Il est là. Il ne m’a jamais vraiment quitté. Je le sais. Je le sens »

Dans la salle d’étude, les congénères de Klea’th préparaient le dernier plongeon de leur scientifique, grand spécialiste en apnée matricielle et en réhabilitation de Kel’nesh. Le récupérateur de vie, l’insatiable buveur de savoir. Dans cet environnement clinique régnait pourtant un profond respect de la vie sous toutes ses formes, collégial et assumé. Accepté comme étant la bonne, la seule façon d’exister. Un consensus logique, stable, d’une beauté immédiatement discernable dans la vibration de l’air qui les entourait. Staelle le sentait aussi. Tout juste, un effleurement, une promesse murmurée à même le Veesh, à même ce qu’il restait de son âme…

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